Maintenant, comme astronome amateur et comme tous ceux qui observent le ciel la nuit à l’œil nu, aux jumelles ou avec un télescope, je constate les conséquences désastreuses de la pollution lumineuse.
Mais un doute plane, non pas sur la réalité de cette pollution, mais sur sa représentation dans les médias. (merci de tout lire avant de crier au complotisme)
Le doute
Au début des années 2000 je me souviens avoir été marqué par une photo faite depuis l’espace montrant cette pollution lumineuse. C’était une photo prise au travers d’un hublot avec un reflex Nikon D3s. Les réglages de l’appareil étaient indiqués : 102000 ISO. Oui, cent deux milles ISO ! Bien plus que la pollution lumineuse c’était les prouesses techniques de cet appareil que j'avais retenu.
Plus tard, une fois équipé d’un Canon 5D mark II, puis mark IV, je pouvais enfin atteindre cette sensibilité. Je me suis donc mis en quête de faire ce type de photo nocturne montrant la pollution lumineuse. Certes je ne pouvais pas aller dans l’ISS mais je comptais sur des vols transcontinentaux professionnels (qui impliquent une altitude de croisière élevée) pour envisager de faire ce style de photos.
Et là, grande déception ! Mes yeux voyaient bien la lumière des grandes villes mais pas ce halo qui les entoure et semble parfois les fusionner en d’immenses congloméras, ni les filaments lumineux suivant les routes. En utilisant les 51200 et 102400 ISO de mon Canon 5D j’obtenais plus de lumière mais avec un grain pas possible et rien de réaliste comparé à ce que mes yeux voyaient.
Des doutes persistent sur les causes de cet échec :
- Le fait qu’en avion on ne puisse pas avoir de vison perpendiculaire au sol, contrairement à des photos prises depuis l’espace, a-t-il un effet ?
- Les vols habités dans l’espace sont plus hauts qu’un avion, cela justifie-t-il des photos à des sensibilités aussi élevées ?
- Pourquoi sur les images satellites météo ne voit-on aucune trace de cette pollution lumineuse ?
(ce sont des satellites géostationnaires et ils font aussi des images la nuit, par exemple en IR)
Poser des questions sur des thèses dominantes est rapidement pris pour du complotisme. Ce n'est pas mon cas car je suis victime de cette pollution lumineuse qui est bien réelle …
Confirmation
Le 2 Avril 2026, dans le cadre de la mission Artemis II, la NASA a publié deux versions de la terre coté nuit: Les conditions de prise de vue sont : Soleil ==> Terre ==> photographe ==> Lune. Le photographe est dans le vaisseau Orion dans l'ombre que la terre projette sur la lune (la terre éclipse le soleil). La face photographiée est donc dans la nuit.
Nikon D5, 51200 ISO f/5.6 1/15 sec
A gauche: photo Nikon D5, 51200 ISO f/4 1/4 sec
La photo de gauche est plus lumineuse car elle a reçu 5.3 fois plus de lumière (15 * 5.6)/(4 * 4) que la photo de droite, et les deux photos ont été éditées avec Lightroom.
Explications
Comme toujours il faut exagérer (ou mentir) plus que le media concurrent pour vendre plus que lui !
L’immense majorité des photos montrant la pollution lumineuse sont 'truquées' dans le but (louable) de faire prendre conscience du problème.
Certaines de ces photos sont en fait des ‘cartes’ qui, comme les cartes Michelin, ne sont que des représentations codifiées du réel, mais pas la réalité.
D’autres photos (qui n’en sont pas) sont en fait des vue d’artistes ! Partant du principe qu’un bon dessin (même numérique) vaut mieux qu’un long discours, l’artiste (avec sa tablette graphique) nous donne son interprétation de la réalité: Exemple: https://eogdata.mines.edu/products/vnl/ et surtout https://eogdata.mines.edu/products/artist/
Vous aussi vous pouvez créer ce genre de vue d'artiste de la Terre
avec le logiciel open-source Blender, et avec l'aide de ce type de tutos (en anglais):
- https://www.youtube.com/watch?v=0YZzHn0iz8U
- https://www.youtube.com/watch?v=z2tG4z11Awc
- https://www.youtube.com/watch?v=iZ8m5gQO_2o
Enfin, voici comment sont établies certaines 'cartes':
Source: https://www.avex-asso.org/dossiers/wordpress/la-pollution-lumineuse-light-pollution/carte-de-pollution-lumineuse-2023-crise-energetique
La méthode utilisée pour établir le "World Atlas of the Artificial Night Sky Brightness" est présentée ici. Elle me semble plus sérieuse que celle consistant à transformer le taux d'artificialisation des sols en pollution lumineuse... (présenté ci-dessus)
Je ne suis pas certain que le grand public fasse la distinction entre photos, images, cartes, simulations.
Y a t il besoin de mentir/truquer/exagérer autant pour défendre une cause juste ?
Pour allez plus loin...
Si vous voulez quantifier la qualité du ciel sur vos lieux d'observation vous pouvez vous équiper d'un SQM (C'est plus fiable que l’échelle Bortle...).
Le CNES a un projet sur la pollution lumineuse destiné aux jeunes du CM2 à la terminale. La page du projet contient vraiment beaucoup d'information.
Voici une projet citoyen pour localiser les sources de pollution lumineuse.
Il est possible de participer à un réseau de mesure en installant un photomètre de type TESS-W mais le prix de 275€ HT (sans le port) n'est pas motivant.


